Créé en 2016, l’incubateur Smart Food Paris accompagne les start-up de FoodTech dans la conduite de leur projet. Des concepts comme To Good to Go ou Prêt à Pousser ont vu le jour et ont pris leur envol grâce aux moyens mis à disposition par Smart Food Paris : coaching, recherche de financements, espaces de travail, mise en relation avec des grands groupes… Coca-Cola France est l’un d’eux.

Interview croisée de Cyril Romanet, co-fondateur de Prune et de Ferdinand Rey, co-fondateur d’Appetia. Les deux starts-up ont pu s’entourer de l’équipe financière de Coca-Cola dirigée par Sébastien Privel pour affiner leurs concepts.

Une expérience enrichissante pour l’équipe financière de Coca-Cola France

Directeur financier de Coca-Cola France depuis quatre ans et 18 ans d’ancienneté au sein de la marque, Sébastien Privel a eu envie de partager son expérience et le savoir-faire de ses équipes à des projets externes. “Offrir nos services de consulting financier et tester de nouvelles méthodes de travail nous a permis de réfléchir différemment sur nos propres business cases.” Lorsque le projet d’épauler des start-up dans leurs aventures a été évoqué, ils se sont humblement demandé ce que l’équipe pouvait apporter. Puis, au fur et à mesure des échanges avec les “startuppers” de Smart Food Paris, l’idée de les accompagner dans leur approche financière s’est concrétisée. “Ils sont confrontés à beaucoup d’enjeux de suivi financier que nous avons l’habitude de manier et de maîtriser chez Coca-Cola.”

“Nous avons élargi nos réponses pour aller au-delà de la construction du business model”

Sébastien Privel, directeur financier Coca-Cola France

Suivi de comptes de résultats, analyse de coûts, de revenus, prévisions de cashflow, mise en place de reportings… Sébastien Privel et ses équipes sont venus en aide aux entrepreneurs en herbe pas forcément très à l’aise avec ces notions. 

Et lorsque l’on déroule le fil de la connaissance, rien n’arrête la soif d’apprendre de ces jeunes startuppers : “Nous avons élargi nos réponses pour aller au-delà de la construction du business model, nous les avons aidé à se poser de nouvelles questions, à aller plus dans le détail sur la structure de coût des produits ou comment optimiser la génération de leurs revenus ou la diminution de leurs coûts etc.”
La richesse de leurs échanges leur a permis aussi de créer des connexions avec d’autres équipes de Coca-Cola : “Ils ont besoin de savoir comment construire un plan média ou bénéficier de supports commerciaux.”
En interne, le suivi de ces projets a créé une émulation au sein de l’équipe : “Chacun vient avec son œil. Il y a des niveaux d’expériences très différents et ce type de projets permet d’abolir les frontières. Cette mobilisation motive et créé une forme de cohésion entre les membres de l’équipe”.

Et côté entrepreneurs, qu’en pensent-ils ?

CCJ : Quel est le concept de Prune et le principe de l’application d’Appetia ?

Cyril Romanet, Prune : Nous livrons des repas dans des bocaux en verre inspirés de recettes de la cuisine française, à des particuliers ou à des collectivités. Nos produits, consommables pendant une semaine à 10 jours, sont sourcés essentiellement en Nouvelle-Aquitaine et nous travaillons en circuit court avec nos producteurs.
Ferdinand Rey, Appétia : Nous voulons aider les gens à mieux manger au quotidien. Notre application est basée sur un algorithme de recommandation qui prend en compte 30 critères, de la météo aux goûts personnels, pour trouver la bonne recette à cuisiner chez soi en moins d’une minute.

CCJ : À quels nouveaux enjeux alimentaires répond votre concept ?

Cyril Romanet : Avec Charlotte Thienpont, mon associée, nous souhaitions créer une offre de restauration prête à déguster qui limite les déchets et les impacts négatifs de la livraison. Nous livrons exclusivement dans un emballage réutilisable et veillons à nous entourer de producteurs qui travaillent avec des méthodes vertueuses pour garantir des produits sains. Notre concept aide à s’inscrire dans une démarche éco-responsable. Notre objectif est également de prospecter auprès des entreprises qui n’ont pas cuisine ni de service de restauration ou des sociétés de service à domicile pour élargir cette démarche aux collectivités.

Ferdinand Rey : À vrai dire, nous nous inscrivons un peu à contre-courant des tendances anglo-saxonnes qui pratiquent beaucoup la livraison à domicile mais notre ambition est de faire cuisiner davantage les gens comme le faisaient les générations précédentes. Nous nous adressons aux 18/34 ans qui sont sensibilisés à la cuisine et au fait-maison mais qui manquent de temps et d’idées pour cuisiner. Nos recettes sont élaborées avec des chefs et notre nutritionniste. À moyen terme, nous envisageons de proposer l’achat des ingrédients avec les quantités déjà sélectionnées, en plus de la recette pour épargner les courses et faire gagner du temps à nos clients. Nous travaillons actuellement avec plusieurs partenaires de distribution alimentaire pour mettre ce service en place.

CCJ : Pourquoi avoir choisi de vous associer à Smart Food Paris ?

Cyril Romanet : C’était une chance de pouvoir rentrer dans l’incubateur Smart Food Paris pour bénéficier d’un accompagnement individualisé dans notre aventure entrepreunariale. Ils nous ont aidés sur l’élaboration des recettes sucrées notamment et mettent à notre disposition un panel d’outils très large. Des groupes industriels de l’agro-alimentaire comme des réseaux de distribution alimentaire ont pu nous aider dans l’élaboration de notre concept. Nous avons notamment travaillé avec Elior pour mieux structurer notre offre afin qu’elle soit intégrée à leur catalogue. Par ailleurs, la gestion de consigne en indépendant est très lourde à gérer, alors Carrefour nous accompagne pour intégrer le circuit LOOP (plateforme e-commerce qui propose aux consommateurs de continuer à acheter des produits de supermarchés en version zéro déchet grâce à leur système de consigne.

Ferdinand Rey : Pour nous, Smart Food Paris, c’est “the place to be” pour les starts-up qui évoluent dans le monde de la FoodTech. De notre côté, nous avions besoin d’être au cœur de cet écosystème pour mieux comprendre notre milieu et entrer en relation avec celui-ci. C’est un incubateur dans lequel on parle tous la même langue et c’est un avantage énorme comparé à d’autres. Nous avons participé à des conférences avec d’anciens entrepreneurs mais aussi avec des grands groupes industriels, c’était hyper stimulant pour nous.

CCJ : Comment Coca-Cola vous a accompagnés dans votre aventure ?

Cyril Romanet : Coca-Cola France nous a aidés sur toute la partie financière : sur la construction du business plan, sur nos potentialités de croissance et nos besoins en trésorerie sur les prochains mois. Les forces commerciales de Coca-Cola France étaient intéressées par notre concept donc nous sommes aussi rentrés en contact avec eux et il arrive régulièrement à la marque de commander nos repas pour leurs séminaires.

Ferdinand Rey : Coca-Cola France nous a aussi accompagnés sur la partie financière et notamment sur la phase de “Business Analyst”. Ils ont mis à notre disposition des outils qui nous ont simplifiés la vie et qui nous permettent d’avoir une bien meilleure visibilité sur nos résultats à venir en fonction de différents paramètres. Ils nous ont aidés à faire des analyses de sensibilité qui produisent des estimations très poussées pour élaborer des hypothèses de marché. Nous nous sommes vraiment nourris de l’expérience des équipes financières et nous sommes allés chercher une crédibilité auprès d’eux. Ils nous ont mis en relation avec d’autres grands groupes avec lesquels ils travaillent comme Sodexo et Auchan.