Saviez-vous que 60 % des fleuves européens ne sont pas en bonne santé ? Ou que les rivières et les zones humides d'eau douce du monde ont perdu 83 % de leur biodiversité depuis les années 1970 ? A l’occasion de la Journée mondiale des rivières, nous nous sommes entretenus avec Eva Hernández, coordinatrice de l’initiative Living European Rivers du WWF, et Thérèse Noorlander, directrice du développement durable pour Coca-Cola en Europe, au sujet de l’importance de protéger les rivières menacées en Europe.
 

Quelle est l’ampleur de la dégradation des systèmes fluviaux et des eaux douces en Europe ?

Eva : Nous savons que 60 % des rivières en Europe ne sont pas en bonne santé. Certains pourraient dire : « Donc, 40 % vont bien, ce n’est pas si mauvais », mais que se passerait-il si 60 % de votre corps était endommagé ou si 60 % de votre maison était détruite ? La preuve flagrante des dégâts causés aux rivières et aux zones humides du monde est qu’elles ont perdu 83 % de leur biodiversité depuis les années 1970. La santé de ces habitats d’eau douce affecte notre eau, notre nourriture, notre énergie et notre capacité à nous adapter au changement climatique - c’est un sujet grave. La bonne nouvelle est que nous savons comment améliorer les choses. Nous devons multiplier nos efforts, toucher un plus grand nombre de personnes et mobiliser davantage d'entreprises, d'autorités et de citoyens pour le rétablissement des rivières et de la nature en général. En fin de compte, il s’agit de prendre soin de notre maison.

Thérèse : Je suis toujours stupéfaite par le fait que l’eau douce représente seulement 3 % de l’eau dans le monde. C’est l’eau que nous utilisons pour boire, faire pousser nos cultures et dans de nombreux gestes au quotidien. Et pourtant, comme l'a dit Eva, en Europe, 60 % des rivières - source principale d'eau douce - sont en danger. Vous vous demandez peut-être pourquoi cela importe à Coca-Cola ? L’eau est notre ingrédient principal. Elle est la base de nos activités et des communautés que nous servons. Sans eau, tout s'arrête. Comment ne pas s’en soucier ?

Thérèse Noorlander, directrice du développement durable pour Coca-Cola en Europe
Thérèse Noorlander, directrice du développement durable pour Coca-Cola en Europe

Certains peuvent penser qu’un partenariat entre Coca-Cola et le WWF est plutôt insolite. Quel est le secret de votre collaboration ?

Eva : Le secret, c'est que notre collaboration va au-delà du financement : il s'agit d'une vision stratégique à long terme pour faire, ensemble, une réelle différence dans l'intérêt des personnes, de la nature et des entreprises. Le WWF veut changer le fonctionnement du monde. Nous voulons changer le statu quo. Si nous sommes en mesure d’influencer une entreprise telle que Coca-Cola pour qu’elle prenne conscience de l’intérêt de la protection des rivières et de la restauration des zones humides d’eau douce, nous pouvons influencer d’autres entreprises. Ceci est particulièrement important avec Coca-Cola, car il est souvent pris en référence sur de nombreuses questions, alors pourquoi pas sur la gestion de l'eau ? S'ils défendent la préservation de l'eau, d'autres suivront.

Thérèse : Il faut de l'eau pour nos cultures, indispensables à la fabrication de l’essentiel de nos produits. Et c’est une ressource partagée : une eau douce propre et suffisante est vitale pour nos consommateurs et les communautés dans lesquelles ils vivent. Nous ne pouvons pas atteindre seuls nos objectifs ambitieux en matière d’eau, nous devons donc faire équipe avec des partenaires experts. Le WWF est un partenaire idéal, car il combine ses connaissances expertes avec des réseaux locaux étendus et se retrousse les manches pour faire avancer les choses. Nous travaillons avec des organisations telles que le WWF pour nous aider à atteindre nos objectifs, mais nous souhaitons également qu’elles nous enseignent et nous aident à mettre en place des programmes durables susceptibles de faire toute la différence.

Comment votre collaboration a-t-elle profité à vos deux organisations ?

Eva : Cela a beaucoup évolué au fil des années. Tout du long, nous avons aidé Coca-Cola à développer son approche en matière de gestion de l'eau. Lorsque nous avons commencé, nous nous sommes d’abord concentrés sur la restitution à la nature de l’eau utilisée par Coca-Cola pour la fabrication de ses boissons. Ensuite, notre collaboration s'est étendue à la chaîne d'approvisionnement, de l'eau présente dans la bouteille à l'eau utilisée pour fabriquer tous les ingrédients. À présent, Coca-Cola a progressé vers le concept de « capital naturel », mesurant l’impact plus large de ses actions sur la nature. Tout cela est un processus continu, on le voit essayer d'inclure cette approche holistique dans ses activités. C’est la différence entre donner de l’argent et impliquer réellement la durabilité dans votre entreprise.

Thérèse : Laissez-moi vous donner un exemple. La première fois que j'ai visité l'un de nos projets de réapprovisionnement en eau, en Croatie, tout était magnifique autour de moi. Mais l'équipe du WWF n’était pas du même avis, la rivière avait besoin d'être restaurée. Je ne savais pas pourquoi, alors je leur ai demandé de me l'expliquer simplement, comme si j'avais six ans. En ce qui concerne l’eau douce et les liens qui unissent la biodiversité et le changement climatique, il est extrêmement important que nous comprenions. Nous avons besoin d’experts comme le WWF pour nous ouvrir les yeux. Je pense que dans une certaine mesure, nous avons aidé le WWF à modifier sa façon de communiquer et d’expliquer son travail et son importance, en engageant plus de gens grâce à un message plus accessible.

Eva : Oui c'est vrai. Coca-Cola est un excellent porte-voix pour nous grâce notamment au marketing, il sait ce que les gens veulent et peut nous aider à les toucher plus que nous ne pouvons le faire seuls. Coca-Cola peut également nous aider à simplifier et adapter notre message pour un impact maximal. Je pense que c’est une belle symbiose et que la Journée mondiale des rivières est l’occasion idéale pour le crier haut et fort.

Parvenez-vous à réaliser les objectifs que vous espériez ?

Thérèse : Nos projets sur les rivières avec le WWF ont beaucoup contribué dans l’atteinte de nos objectifs de réapprovisionnement en eau - nous avons rendu d’énormes volumes d’eau douce à la nature. Mais le plus important pour moi est que nous avons engagé les communautés locales avec nous - dans l’ensemble, les gens soutiennent les changements et comprennent pourquoi ils sont nécessaires. Les communautés peuvent voir et ressentir les avantages et c’est ce qui compte.

Eva : Oui, en plus du volume d'eau récupéré ou des rivières et des zones humides que nous avons restaurées, une grande partie des progrès que nous avons réalisés ensemble consiste à aider les gens à travailler différemment, en améliorant les pratiques qui concernent l'agriculture ou l’exploitation des terres par exemples. Les gens étant réticents au changement, il est souvent difficile de s’ouvrir à la nouveauté. Et cela vaut également pour les entreprises et les municipalités locales. Pour tous nos projets avec Coca-Cola, l'impact a été similaire en termes de changement de perspectives et d'encouragement des personnes à s’ouvrir aux nouvelles idées. C’est ce que nous voulons multiplier en Europe et dans le monde.

Dans le futur, pensez-vous que l’importance de votre travail puisse changer ?

Eva : Notre partenariat est en constante évolution. L'adaptation au changement climatique est de plus en plus pertinente alors que le monde prend conscience de la nécessité de s'adapter aux impacts d'une planète qui se réchauffe. Mais le plus important est de travailler à deux vitesses : nous devons continuer à innover et en même temps, nous devons réussir à développer les idées qui fonctionnent. Si nous voulons enrayer la perte de biodiversité et lutter contre la faible qualité et la rareté de l'eau dans les fleuves européens, nous devons être plus ambitieux et obtenir des résultats à plus grande échelle. Il reste encore beaucoup à faire pour les entreprises, les administrations et les ONG.

Thérèse : Coca-Cola et le WWF continuent à oeuvrer sur de beaux projets, mais je pense que nous devrions absolument impliquer davantage de personnes, d'entreprises et de parties prenantes. Nous savons comment restaurer les zones humides et les bénéfices que cela apporte. Ce n’est pas sorcier ! Mais pour faire cela à plus grande échelle, il faut que plus d’acteurs s’impliquent. En tant qu’entreprise, nous avons le pouvoir de faire participer nos consommateurs, nos employés, nos clients, nos partenaires commerciaux et même les entreprises homologues. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli, et devons nous efforcer de faire plus et mettre au défi les autres de nous suivre.

Est-ce difficile de faire de l’eau une priorité, entre autres problèmes environnementaux?

Eva : Nous devons absolument donner un coup de pouce à l'eau douce. Nous entendons beaucoup parler du changement climatique, mais nous devons rappeler aux gens que la bonne santé des rivières et des écosystèmes d'eau douce est essentielle pour nous y adapter. Ces rivières transportent les eaux qui nourrissent nos champs et étanchent notre soif, elles entretiennent les plaines inondables et les côtes et peuvent servir de tampon en période de sécheresse extrême et d'inondations. Les rivières sont le cœur qui bat de nos paysages. Elles font bouger l’eau, l’énergie, les nutriments et les sédiments et contribuent à notre qualité de vie de multiples façons. Il est urgent de ne jamais l’oublier et de travailler sans relâche pour que les médias et les politiques abordent la question de l’eau - c’est déjà le cas, mais ce n’est pas suffisant. Des entreprises comme Coca-Cola peuvent aider à garder cela à l'esprit et engager les acteurs qui, ensemble, peuvent faire une plus grande différence.