Et si c’était aux acteurs traditionnels d’une industrie de pitcher leur projet auprès d’un auditoire attentif mais exigeant de start-up à l’avenir prometteur ? Coca-Cola France s’est prêté au jeu du Reverse Pitch proposé par l’incubateur Smart Food Paris qui soutient l’innovation alimentaire et dont Coca-Cola est un partenaire actif. Retour sur cette séance inédite avec Clément Chevrette, Responsable de la plateforme Smart Food Paris et Amel Omari, Nutrition Communication Manager pour Coca-Cola France.  

Avec 130 ans d’existence, 100 ans de présence en France, 1,9 milliard de boissons vendues chaque jour dans 200 pays, 500 marques et 3 900 produits, on pourrait croire que Coca-Cola n’est plus en quête de preuves quant à la solidité de son projet et n’a plus à démontrer son succès. Pourtant, la longévité d’une marque repose sur sa faculté à renouveler sa réflexion et répondre le plus finement possible aux attentes des consommateurs. Le 14 octobre 2019, la marque s’est mise dans la peau d’une jeune pousse.

Amel Omari, pourquoi est-ce intéressant pour Coca-Cola de répondre à cet exercice ?

Amel Omari : Le regard extérieur nous nourrit et nous aide à prendre de la hauteur sur notre stratégie de groupe. Ce type d’exercice nous permet de nous conforter sur ce que l’on fait de bien et de continuer d’aller de l’avant ou bien au contraire de pointer du doigts nos faiblesses et comprendre ce que l’on pourrait améliorer. C’est très enrichissant de pouvoir échanger avec des start-up qui travaillent de manière agile, car en tant que multinationale, nous sommes souvent confrontés à des processus organisationnels plus lourds que ce soit en terme d’innovation, de validation etc…. Nous avons pu constater également que nous étions en phase avec les problématiques de notre secteur. Aujourd’hui, start-up et acteurs traditionnels se posent tous la question de l’emballage, par exemple. Comment travailler avec les collectivités ? Comment collecter les emballages ? Nous avons ce sujet en commun et ce type de sessions permet de lever l’opacité sur la façon dont nous menons nos actions.

Comment votre pitch a-t-il été accueilli par les start-up ?

A.O. : Super accueil ! Nous étions trois collaborateurs de Coca-Cola à pitcher pendant 30 minutes. Lors de cette session, je suis revenue sur l’histoire de la marque, la diversité de notre portefeuille, nos engagements RSE (Responsabilité Sociétale et Environnementale). Puis, Jean-Christophe Lombard, directeur de notre centre R&D situé à Bruxelles a présenté la façon dont l’équipe travaille sur des nouvelles recettes et comment elles fonctionnent pour adapter une boisson à la culture et aux goûts d’un pays. Clément Zeller, directeur de l’incubateur interne “Les Assoiffés” chez CCEP est intervenu en fin de session pour présenter un exemple de collaboration entre la start-up To Good To Go, qui lutte contre le gaspillage alimentaire, et Appletiser, l’une de nos boissons fabriquée à partir de pommes invendues parce qu’elles ne correspondaient pas aux différents standards du marché. Après la série de questions/réponses, nous nous sommes entretenus individuellement avec plusieurs créateurs d’entreprises sur nos expertises respectives.

Quelles conclusions tirez-vous de cet exercice ?

A.O. : J’espère que nous aurons l’opportunité de refaire ce genre d’exercice. Les échanges étaient spontanés et très enrichissants. Nous allons revoir certains d’entre eux pour poursuivre l’échange et nous nourrir de nos expériences mutuelles. Je suis sûre que nous pouvons trouver des solutions d’avenir ensemble suite à ces rencontres. Par exemple, nous cherchons sans cesse des alternatives à nos emballages ou des nouveaux ingrédients sucrants alors nous avons tout intérêt à pitcher devant des start-up qui travaillent sur nos problématiques.

À titre personnel, que retenez-vous de cette expérience ?

A.O. : L’exercice de fond repose sur la session de questions/réponses, cette partie est essentielle à mes yeux parce qu’elle permet d’affiner davantage nos messages. Même si nous nous adaptons à nos publics en fonction de nos prises de parole, notre objectif prioritaire est d’être le plus transparent possible. Nous ne sommes pas là pour convaincre, parce que certains de nos interlocuteurs auront toujours des a priori sur l’entreprise Coca-Cola et ses boissons, mais nous essayons au maximum de lever certaines idées reçues.

Trois mots pour un pitch convaincant ?

A.O. : Échange, transparence et dynamisme !

Amel Omari : Nutrition Communication Manager chez Coca-Cola France
Amel Omari : Nutrition Communication Manager chez Coca-Cola France

 

Clément Chevrette, parlez-nous de cette initiative, comment est-elle née ?

Clément Chevrette : Le Reverse Pitch est une pratique plutôt courante au sein de Paris&Co, la structure-mère de Smart Food Paris. Chaque année, nous donnons la possibilité aux partenaires fondateurs qui le souhaitent de prendre la parole pour faire connaître leurs enjeux d’innovation auprès d’un écosystème qualifié de start-up. Ce sont de vraies opportunités pour tisser des liens business entre partenaires fondateurs et start-up !

Beaucoup d’entreprises se prêtent-elles au jeu de cet exercice ? Quels sont les retours d’expérience qui reviennent le plus ?

C.C. : Évidemment, les entreprises partenaires n’ont pas participé à toutes les sessions de Reverse Pitch mais c’est certain qu’elles trouvent toutes cette démarche intéressante en matière de partage ! Incarner humainement une grande entreprise à forte notoriété permet de démontrer que beaucoup d’initiatives sont prises pour améliorer notre manière de produire et consommer, notamment grâce à l’innovation. Globalement, l’exercice est apprécié par ceux qui se prêtent au jeu. C’est une occasion unique de capter des signaux faibles et de se faire challenger par des entrepreneurs qui ont un franc-parler. Un exercice pas facile mais très enrichissant, en somme !

En quoi est-ce enrichissant pour elles de se mettre dans la peau d’un entrepreneur qui a un marché à conquérir ?

C.C. : L’entrepreneur doit sans cesse convaincre ses interlocuteurs lors d’un pitch qui ne dure que quelques minutes seulement. Autrement dit, il doit être structuré, percutant et de préférence avec une pointe de charisme pour persuader que sa solution à une problématique est la meilleure.

Ce sont autant d’atouts qui peuvent être déterminants pour progresser en tant qu’individu au sein d’un groupe. L’exercice peut se révéler très pertinent pour les salariés d’une grande entreprise.

 Qu’apportent ces séances de Reverse Pitch aux entrepreneurs ?

C.C. : La compréhension de la complexité et des enjeux d’innovation d’une grande entreprise ont un intérêt stratégique pour les entrepreneurs, surtout s’ils offrent ou souhaitent construire une solution qui peut répondre à ses besoins. L’occasion est donc double pour les entrepreneurs : d’une part, créer un premier lien avec les décideurs pour générer du business futur et d’autre part, ne pas négliger la dimension de formation et d’inspiration que propose le Reverse Pitch.

Selon vous, quelle est la recette d’un bon pitch ?

C.C. : Être clair, précis et percutant. En y ajoutant une once de charisme, vous obtiendrez un pitch délicieux. Nous faisons mijoter cette recette chez Smart Food Paris depuis quelques années dans l’espoir d’obtenir quelques étoiles supplémentaires prochainement.

Comment résumeriez-vous cette initiative en 3 mots ?

C.C. : Challenge, rencontres, business et découverte, plutôt en 4 mots !