Dans les salles le 11 octobre 2017, le dernier film de Tonie Marshall met en lumière un sujet peu abordé : celui des femmes dans le monde professionnel. En partenariat avec Coca-Cola, la réalisatrice présente Numéro Une, le récit semé d'embûches d’Emmanuelle Blachey – jouée par Emmanuelle Devos – pour prendre la tête d’une entreprise du CAC 40. L’opportunité pour la réalisatrice et productrice française, engagée dans la cause féministe, de dénoncer les difficultés des femmes pour arriver au pouvoir en France. Rencontre.

Engagé dans l’émancipation des femmes à travers le monde, Coca-Cola ne pouvait que soutenir Tonie Marshall dans son aventure. Rencontrée à l’occasion d’un rendez-vous du réseau Women @ Coca-Cola, la réalisatrice revient sur son projet initial de créer « un film qui montre ce qu’on n’a jamais montré : la parcours d’une femme à l’intérieur d’une entreprise ». À la fois ambitieuse et fragile, Emmanuelle Blachey n’est pas une sur-femme. Elle va pourtant poursuivre jusqu’au bout son projet de conquête du pouvoir. Un parcours professionnel et personnel aux allures de parabole qui invite à réfléchir à la réussite au féminin et à la parité.

Le sujet de l’égalité hommes-femmes était-il une thématique que vous souhaitiez traiter depuis longtemps ?

J’avais très envie d’aborder le sujet de la mixité. J’ai d’abord eu l’idée d’une série télévisée sur un club de réseau féminin, raconter comment s’organise la solidarité entre femmes. Ce projet était centré sur un groupe qui traverse les milieux de la politique, des entreprises et des médias. Il n’a malheureusement pas abouti. J’ai donc gardé un seul personnage pour raconter, à son échelle individuelle, la grande difficulté pour les femmes d’arriver au pouvoir en France.

Dans le monde de l’entreprise, on progresse rarement par hasard. Il faut avoir fait de longues études, faire ses preuves durant des années… Mais pour nombre de jeunes diplômées, les portes restent fermées. Il peut être compliqué pour elles de s’adapter aux codes et aux horaires des entreprises qui sont et ont toujours été organisées par des hommes.

Pensez-vous que les réseaux de femmes d’influence sont essentiels à la réussite des femmes ?

Au sein des entreprises se développent ces types de réseaux qui permettent aux femmes de discuter entre elles mais aussi avec les hommes sur ces sujets. Mais dans les hautes sphères, ces réseaux féminins ne sont pas encore efficaces face aux modèles traditionnels (le réseau franc-maçon, celui de Bercy…).

« Il faut que ces femmes s’entraident et se soutiennent les unes les autres. »

À l’occasion de la Journée de la Femme Digitale 2017, Delphine Ernotte-Cunci (Présidente de France Télévisions) a appelé les femmes à se soutenir et à s’entraider. La solidarité féminine est-elle au centre de votre film ?

Dans le milieu dans lequel je vis, la solidarité féminine est vraiment existante. Mais je pense qu’il faut surtout la favoriser et la mettre en valeur. Au-delà des échanges, il faut que ces femmes s’entraident et se soutiennent les unes les autres. Il est très important d’arriver en nombre pour peser. Et j’irai même plus loin, je crois très profondément que si il y avait 50% des entreprises dirigées par des femmes, ça prendrait un peu de temps, mais le type de gouvernance changerait, évoluerait et ne pourrait qu’améliorer les rapports dans « la et les » sociétés…

Vous êtes la seule femme à avoir reçu le César du meilleur réalisateur – en 2000 pour Vénus Beauté (Institut). À travers votre métier, trouvez-vous que les choses aient évolué en faveur de la parité hommes-femmes dans le cinéma ?

Oui, les réalisatrices sont un phénomène plus récent, mais sachez que dans les écoles de cinéma aujourd’hui, il y a plus de filles que de garçons, tout arrive ! Sur le plateau, il y a de plus en plus de femmes chefs-opérateurs !

Quelles sont vos grands modèles de femmes au quotidien ?

J’ai énormément de sympathie pour les femmes en général. Je suis toujours enchantée de leur compagnie : je les trouve courageuses et très imaginatives. J’admire bien sûr les grandes figures d’engagement comme Simone Veil pour sa lutte pour l’interruption volontaire de grossesse (IVG)  et sa résistance noble à la misogynie exprimée, ou l’actrice Delphine Seyrig, qui était à la fois une icône de beauté et une fervente militante féministe. Toutes celles qui refusent d’être victimes et qui avancent et qui se battent.

Selon vous, quelles sont les prochaines étapes pour l’émancipation des femmes ?

Je suis issue d’une génération où l’on pensait que tout allait s’ouvrir et que le combat était derrière nous. Même si la parité et la conscience féministe ont progressé, je constate que le féminisme n’est toujours pas une évidence et que certains droits des femmes comme l’IVG sont encore régulièrement questionnés, les salaires encore inégaux et globalement les postes de décisions encore trustés par les hommes … 

Pour Numéro Une, j’ai travaillé avec une scénariste d’une trentaine d’années qui était beaucoup plus incisive que moi sur la question du féminisme. Mon engagement est presque naturel, mais sa génération a conscience qu’il ne faut rien lâcher !