À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Journey donne la parole à une boxeuse d'exception : Sarah Ourahmoune. Championne de France, d'Europe, du monde, Sarah Ourahmoune possède le plus grand palmarès de la boxe anglaise hexagonale chez les femmes. Un seul titre lui manque : l'or olympique. Soutenue par Powerade sur le site sponsorise.me, cette sportive de haut niveau est aussi maman, créatrice d'entreprise et blogueuse. Touche-à-tout enthousiaste, elle se confie sur son parcours et ses espoirs à quelques mois des Jeux de Rio.

Journey : « Qu'est-ce qui vous a donné envie de commencer la boxe ? »

Sarah Ourahmoune : « À l'âge de 14 ans, j'ai eu envie de faire du taekwondo. En cherchant un club près de chez moi à Aubervilliers, je suis tombée un peu par hasard sur une salle de boxe. L'entraîneur présent ce jour-là m'a proposé de venir essayer. J'ai immédiatement accroché avec le côté ludique, les entraînements en musique et les valeurs de respect et de détermination de la boxe. À cette époque, la pratique n'était pas autorisée pour les femmes et j'ai longtemps été la seule du club.

Quel a été la réaction de votre entourage et de vos camarades d'entraînement ?

Ça a été compliqué. Ma mère venait chaque jour à la salle pour convaincre mon coach de me décourager. Elle avait vu la série des Rocky et avait peur que je me fasse défigurer ! Je ne m'entraînais qu'avec des garçons mais de tous les âges, il y avait aussi bien des enfants que des professionnels. Certains m'ont pris sous leur aile mais j'ai surtout beaucoup entendu le fameux : « Ce n'est pas un sport de fille ». J'ai progressivement fait ma place lorsque j'ai commencé les combats. Alors que certains n'avaient jamais véritablement boxé en compétition…

Vous avez connu une progression rapide…

La boxe féminine a été reconnue par la Fédération en 1999 et j'ai été championne de France la même année. J'ai rapidement intégré l'équipe nationale et obtenu de bons résultats. En 2003, j'ai fait une pause pour me consacrer à mes études et passé un diplôme d'éducatrice spécialisée. J'ai repris la boxe en loisir mais le goût de la compétition a été plus fort. En 2008, j'étais championne du monde.

Vous pensiez aux Jeux olympiques ?

Pour moi les JO sont vraiment un rêve d'enfant. Je me souviens qu'en 1992, pendant les Jeux de Barcelone,  je me disais que j'aimerais y participer. J'ignorais alors dans quelle discipline mais j'admirais le dépassement de soi des athlètes, cette ferveur. La boxe a été présente pour la première fois en sport de démonstration lors des JO de Londres. Il y avait seulement trois catégories et 12 places disponibles. Je n'ai malheureusement pas réussi à me qualifier. Aujourd'hui j'ai vraiment Rio en ligne de mire. Le premier tournoi de qualification a lieu en avril avant les championnats du monde en mai. Il n'y a qu'une seule place dans ma catégorie des moins de 51kg. Je ferai tout pour y arriver.

Vous participez au programme de crowdfunding de Powerade hébergé par sponsorise.me. En quoi cette cagnotte va-t-elle vous aider en vue des JO de Rio ?

Au début j'hésitais à participer. J'avais peur d'être la seule à croire à mon projet olympique. Mais j'ai aimé ce mode de communication et la possibilité de partager cet objectif avec le plus grand nombre. Grâce à cette cagnotte je vais pouvoir pratiquer des tests physiques mais aussi payer le billet de mon entraîneur pour le tournoi olympique qui aura lieu en Turquie en avril prochain.

Sarah Ourahmoune

© Sylvain Hitau


 

À quoi ressemblent vos journées entre la boxe et le travail ?

Je fais une première séance d'entraînement très tôt le matin avant d'aller au travail jusqu'à 16h30. Puis je vais chercher ma fille à la crèche et enchaîne à nouveau avec la boxe jusqu'à 19h. Je jongle entre mon travail de Responsable projet pour une association sportive mais aussi l'entreprise que j'ai montée grâce à l'incubateur de Sciences Po Paris. Je propose notamment des séminaires en entreprise avec la boxe comme outil de développement personnel.

Comment menez-vous de front votre vie de famille et votre carrière de sportive de haut niveau ?

Je suis très bien entourée et le père de ma fille est évidemment très présent. Ma fille vient avec moi à l'entraînement après la crèche. Pour elle la salle est devenue un vrai terrain de jeu, elle y est très à l'aise. Je n'ai pas pour autant envie de la voir sur un ring. Je suis encore plus inquiète que ma mère à l'époque car moi… je sais vraiment ce qu'est la boxe !

Pouvez-vous nous parler de l'association que vous avez créée pour promouvoir la boxe auprès des femmes ?

J'ai créé il y a cinq ans l'association « Dynamic Boxe » à Aubervilliers. Elle propose des cours de boxe destinés aux mamans, avec une halte-garderie sur place. Bien souvent, l'absence de garde pour les enfants est un obstacle pour les femmes qui souhaitent pratiquer un sport. Les femmes de l'association ont entre 20 et 45 ans et sont rassurées de savoir que leurs enfants sont pris en charge. Il y a une très bonne ambiance.

Avez-vous un message à faire passer à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes ?

C'est une journée très importante pour moi et tous les ans j'essaie de m'impliquer et de faire une conférence. Cette année malheureusement, avec la préparation des Jeux, j'ai dû décliner les propositions qui m'ont été faites mais je reste très investie. Quand on voit la place des femmes dans le sport et notamment les inégalités dans le monde de la boxe... Je veux apporter une pierre à l'édifice et je pense aussi à l'avenir de ma fille.