Charles Rozoy, champion paralympique du 100 m papillon aux Jeux de Londres en 2012 est l'un des quatre sportifs parrainés par Coca-Cola en vue des Jeux olympiques à Rio cette année. Un champion hors-norme, dont la volonté et l'enthousiasme forcent l'admiration. Il se confie sur son parcours, ses ambitions et rappelle qu'il faut toujours croire en ses rêves.

Journey : Quel est votre état d'esprit à 200 jours des Jeux olympiques de Rio ?

Charles Rozoy : « Cette période d'entraînement est toujours très intense. Les mois qui précèdent Rio vont être jalonnés de plusieurs stages de préparation, notamment en Floride, mais aussi de nombreuses compétitions, les championnats de France et d'Europe à Madère. Puis je pars fin avril à Rio pour le « test event » afin de tester les équipements des Jeux. Toutes les bonnes choses ont une fin et ces JO seront pour moi les derniers...

Pour vous, les Jeux olympiques étaient vraiment un rêve d'enfant ?

Oui, complètement. J'étais un jeune gamin rêveur et je ne voulais qu'une chose : devenir un jour champion olympique. À cette époque, je ne pensais même pas encore à la natation. Tout le monde me disait que c'était impossible, que je ferais mieux d'envisager un vrai métier. Mais moi je m'accrochais à mon rêve d'obtenir un jour ce titre suprême.

Quel a été votre parcours sportif jusqu'à ce titre aux Jeux paralympiques de Londres en 2012 ?

Je suis entré en Sports Études au collège, puis au pôle espoir au lycée. Je m’entraînais tous les jours en plus des séances de musculation. J'ai coutume de dire que j'étais le champion du monde de l'entraînement. Je nageais très vite mais pas au bon moment. Après une 4e place lors d'une compétition décisive mon entraîneur m'a montré la sortie. Je n'ai finalement repris la natation que lorsque je suis entré en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Je nageais pour mon plaisir et suis devenu champion de France du 50m papillon national 2. C'était la première fois que je parvenais à être sur la plus haute marche et savais être fort quand il le fallait. Là ça a été un déclencheur, je me suis dit que j'allais reprendre ma carrière.

Votre accident a tout bouleversé...

Le 26 juillet 2008, j'étais en moto lorsqu'un chauffard m'a heurté. J'ai été victime d'une paralysie du plexus brachial, on m'a dit que mon bras ne fonctionnerait plus jamais. J'ai rapidement repris la natation, d'abord pour la rééducation, puis très vite nous avons discuté avec mon coach d'un projet : aller aux jeux paralympiques. J'ai rapidement obtenu de bons résultats et à la fin de l'année suivante j'étais champion du monde.

En quoi une victoire lors des Jeux olympiques diffère-t-elle d'un autre titre ?

Les Jeux de Londres représentaient la réalisation d'un rêve, une émotion intense, indescriptible. Comme une glace que tu attends plusieurs années derrière une vitre et que tu peux enfin déguster. Être champion olympique c'est tous les 4 ans, il s'agit vraiment du titre suprême, intergalactique même ! Les athlètes qui sont champions du monde à de nombreuses reprises sont souvent tristes s’ils ne remportent pas de titre olympique.

Comment voyez-vous votre reconversion ?

Après 20 ans de natation, dont 15 à très haut niveau, je pense beaucoup à l'après. Pour m’y préparer, j'ai passé un master en management du sport et un autre en communication. Je suis aussi Conseiller municipal à Dijon et Conseiller communautaire au grand Dijon. J'ai choisi de m'investir auprès des gens, de m'engager. C'est aussi ce que je fais bénévolement dans les établissements scolaires.

Que souhaitez-vous transmettre aux plus jeunes ?

J'ai réalisé mon rêve et je suis persuadé que chacun peut réaliser le sien. Je continue d'aller dans les écoles, les collèges, les lycées. C'est important de sensibiliser les jeunes dans cette société où on empêche les gens de rêver. Je leur parle aussi du handicap, quelque chose qui peut arriver à tout le monde. Chacun, d'une certaine manière, a son handicap. Je parle de sport bien sûr mais pour moi, c’est un prétexte pour prendre la parole. Je ne dis pas que tout le monde doit devenir un champion, mais chacun doit se dépasser, tout le temps, dans tous les domaines et trouver celui où s'épanouir.

Comment s'est construit votre partenariat avec Coca-Cola ?

L’entreprise Coca-Cola France, dans le cadre de leur partenariat avec le ministère des Sports, cherchait à accompagner des athlètes et j'ai tout de suite été emballé par cette idée. C'est un partenariat qui ouvre de nombreuses possibilités, notamment de reconversion. Coca-Cola fait partie de ces marques qui forcent l'admiration, il y a une vraie vision. J'ai trouvé magnifique de voir les collaborateurs s'entraîner pour participer au triathlon de Deauville sous l'impulsion de Richard Dacoury. On apprend vraiment aux gens à se dépasser. C'est une façon plus américaine que française de voir les choses et je m’y reconnais. L'important ce n'est pas de participer mais de donner le meilleur de soi-même. »