« Troisième mi-temps », « placage cathédrale », « raffut », que serait le rugby sans son langage haut en couleurs ? Il est l'essence même de sa culture, au même titre que les hakas ou les chants de supporters. À l'occasion de la semaine du goût, et alors que la Coupe du monde de rugby bat son plein outre-Manche, l'occasion était trop belle de rappeler que l'ovalie file aussi la métaphore culinaire avec talent et une bonne dose d'imagination. La preuve en dix expressions tout en finesse…

« UN SAUCISSON » : MEILLEUR EN DEHORS DU TERRAIN

Bien campés sur leurs pieds et rapides, les rugbymen doivent également faire preuve de précision pour se frayer un chemin à travers les lignes adverses. Un joueur aperçoit une brèche. En une fraction de seconde il regarde son coéquipier et lui passe le ballon. Trop puissante, pas assez forte, ou encore mal orientée, celle-ci fait un flop. Telle est en générale la finalité d'un « saucisson », une passe mal ajustée qui finit en eau de boudin.

DISTRIBUER DES « POIRES » : GARE À LA PÊCHE !

Sur un terrain de rugby, point de verger ensoleillé, de cueillette estivale ou de chair goûteuse. Elle intervient souvent avant le début des matchs amateurs mais peut aussi prendre la forme d'une beigne bien sentie...en pleine « poire » pour stopper un adversaire récalcitrant. Avec un peu de chance, l'arbitre n'y verra que du feu.

« CARAMEL » : UN PEU DE DOUCEUR DANS UN MONDE DE BRUT

Une délicieuse confiserie appréciée des plus jeunes et dégustée dans les tribunes du stade ? Pas du tout. Le joueur victime d'un « caramel » sur le terrain aurait justement bien besoin d'une pause. Alors qu'il fonce à toute allure vers l'en-but adverse, le voilà tout à coup freiné dans son élan par un placage dévastateur. Sonné, il lui faut quelques minutes pour reprendre ses esprits. Maigre consolation, le « caramel » vient souvent sanctionner l'audace d'un joueur.

« DÉSOSSER » : CRUEL COMME COCHON

Il n'est ici question ni de poulet, ni de jambon, mais tout de même d'une histoire d'os. Ceux, potentiellement brisés, du joueur « désossé » sur la pelouse. Version améliorée du caramel, le «désossage » d'un joueur est un placage qui brise net toutes ses velléités. Le temps de reprendre ses esprits, son adversaire est en général déjà loin. Sauf si l'arbitre a sifflé un carton rouge.

« FAIRE UNE COCOTTE » : COUVER C'EST GAGNER

Les rugbymen, sous leurs airs rugueux, sont parfois aussi protecteurs qu'une poule avec ses œufs. Ils se déplacent alors en grappe, serrés les uns contre les autres, avec un seul objectif : protéger le précieux ballon ovale. Au bout de ce chemin semé de « poires » et de « caramels », se profile la terre promise et la possibilité de marquer un essai.

LANCER COMME UN « PIZZAIOLO »

Le match bat son plein lorsque tout à coup, à la faveur d'un saucisson (vous suivez n'est-ce pas ?), le ballon sort du terrain. L'heure est à la touche ! Le lanceur se concentre sur son geste, sans quitter des yeux ses coéquipiers. Il lance le ballon et le regarde s'élever dans les airs puis, telle une pizza, vriller et terminer sa course sur la pelouse à quelques mètres de là, ou pire, dans les bras ravis de l'adversaire. Comme le dit Brian Liebenberg « ce n'est pas un compliment ! ».

Cuillère

Au rugby, une cuillère est bien plus utile qu’une fourchette… 

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FAIRE UNE « CUILLÈRE » : LE COUVERT DU DESESPOIR

Au rugby comme ailleurs, la situation est parfois désespérée. Face à un adversaire rapide comme l'éclair et dont la carrure interdit toute tentative de placage, ne reste plus qu'à tenter de le faire trébucher. Une bonne « cuillère » est une cuillère réalisée tel un félin qui se jette sur l'adversaire et, toutes griffes dehors, tente d'attraper une cheville, un bras, un short afin de le déséquilibrer. Une méthode efficace quand tout le reste a échoué.

« LA CHANDELLE » : L'ILLUMINATION VIENT DU CIEL

Que serait un dîner en tête à tête sans chandelles ? À quinze sur un terrain de rugby, elle éclaire le jeu et peut sauver un joueur d'une situation inconfortable. Bloqué face à une défense campée sur ses positions ou bien acculé par ses adversaires, il n'a d'autre choix que de donner un grand coup de pied dans le ballon. Tandis que celui-ci jaillit dans les airs, ses coéquipiers courent le plus vite possible pour le récupérer. Après la chandelle, c’est l'essai... ou l'échec.

FAIRE UNE « FOURCHETTE » : L'EFFICACITÉ TOUT EN DOIGTÉ

La fourchette est sournoise et celui qui la pratique fanfaronne rarement après le match. La main du joueur devient une arme et, de rage, il enfonce deux doigts dans les yeux de son adversaire comme s'il embrochait une tranche de gigot. D'aucuns diront que la fourchette est l'arme des faibles. Elle reste en tout cas sévèrement punie par l'arbitre et les joueurs pris en flagrant délit écopent en général d'une suspension très lourde.

LE « COCHON » EST DANS LE MAÏS

Après trois essais, un très beau drop et quelques points de pénalités, vous pensiez que la victoire était acquise ? Que nenni ! De « cuillère » en « chandelle », de « poire » en « cocotte », voici l'équipe adverse qui remonte au score et inverse le cours de la partie avant de finir par remporter la victoire. Difficile à croire et pourtant... les carottes sont cuites.