À l’occasion de « St George’s day » la fête nationale anglaise, et dans le cadre de notre tour d’Europe des supporters des équipes qualifiées pour l’UEFA EURO 2016™, nous donnons aujourd’hui la parole à Darren Tulett. Avec son humour et son élégance so british, il est pourtant le plus français des Anglais ! Aujourd’hui journaliste sportif et animateur sur BeIN Sports, le ballon rond est toute sa vie. Il se confie sur la naissance de sa passion mais aussi son soutien inconditionnel, mais souvent malmené, pour l’équipe d’Angleterre.


Journey : Que représente le foot pour vous ?

Darren Tulett : « En tant qu’Anglais, j'ai une relation très spéciale avec le foot. Un sport que nous avons inventé… comme tous les autres d'ailleurs (rires). Une de mes photos préférées me représente à l'âge de 18 mois dans un parc, avec déjà un ballon au pied. Lorsque je rentrais de l'école, je jetais mes affaires par terre et j'allais immédiatement jouer au foot. Je dois avoir une mémoire sélective parce que je ne me rappelle pas avoir eu un jour des devoirs à faire… Mon père était un footballeur amateur, très mauvais certes, mais vraiment passionné. Il avait monté une équipe avec des collègues et des amis. Dès l'âge de 3-4 ans il m'emmenait voir des matchs. Aujourd'hui mon métier est de parler de football à la télé. Et quand je ne travaille pas, eh bien je regarde le foot.

Quelle est votre équipe de cœur ?

Je suis un grand fan de Brighton. Je me souviens du premier match du club que j'ai vu avec mon père, c'était vraiment une autre époque. On était debout dans les tribunes et pour que je puisse voir, mon père avait apporté une caisse remplie de bouteilles de bière vides sur laquelle il m’a fait grimper. Certains souvenirs restent gravés pour toujours. J’avais 14 ans, mais jamais je n'oublierai les 100 000 personnes dans la rue à Brighton lorsque l'équipe est montée en Premier League (championnat de foot anglais, ndlr).

Pourquoi les émotions sont-elles si fortes au football ?

Beaucoup de gens ont grandi avec ce sport, qui est aussi le plus simple à pratiquer. Le cricket ou le tennis nécessitent un équipement, cela peut exclure. Je viens d'un milieu très modeste et nous n'avions pas les moyens d'acheter des raquettes. Alors qu’on peut jouer au foot avec n'importe quoi, n'importe où, même dans son salon avec une chaussette en guise de ballon. Je pense qu’il y a aussi un lien très physique avec ce sport. Lorsqu'on supporte une équipe, un club, ça devient viscéral. On a envie de vibrer, de vivre cette liesse populaire. Pour l'UEFA EURO 2016™ on va se retrouver au stade mais aussi dans des cafés ou des Fan zones. On va vibrer ensemble et cette cohésion est rare aujourd'hui. La moitié de la population va regarder la même chose, au même moment, c'est unique.

Quel supporter êtes-vous ?

Quand l'Angleterre joue, j'oublie tout le reste même si l'équipe nous fait souffrir depuis des décennies. Et cette année encore, je sens qu’on ne va pas aller loin. Les gens vont se moquer de nous alors je me prépare au pire. Mais quel que soit le résultat, ces moments où on soutient son pays sont importants. Porter un drapeau est souvent vu comme une chose négative alors que cela peut être très beau. On doit pouvoir s'unir, montrer nos couleurs, notre appartenance. On ne peut pas ignorer la puissance de l'esprit de 98… Nous étions tous réunis, toutes les couleurs, tous les prénoms !

Darren Tulett

Sur la chaîne BeIN Sports, Darren Tulett a troqué ses célèbres vestes rayées contre la sobriété d'un costume en velours !

© Darren Tulett

Quel est votre plus grand souvenir de l'équipe d'Angleterre ?

La victoire à Wembley en 1966 contre l'Allemagne ! J'avais un an donc je ne l'ai pas vécue mais c'est pourtant un souvenir très fort. Ce match fait tellement partie de la « culture foot » que j'ai l'impression d'avoir été présent au stade ce jour-là. Comme beaucoup de gens en Angleterre d'ailleurs…

Et le pire ?

Le pire souvenir est évidemment la Coupe du monde 1986 et le match perdu 2-1 contre l'Argentine grâce à « La main de dieu » de ce tricheur de Maradona (rires). Il avait un talent incroyable, mais ce jour-là, il nous a volé la victoire. Nous avons vécu une injustice sportive absolument terrible… Je pense également à la demi-finale contre l'Allemagne lors de l'UEFA EUROTM en 1996. J’étais alors en pleine lune de miel en République dominicaine. Imaginez, je suis sur la plage avec ma femme, elle me voit m'agiter et me dit : « Allez, va voir ton match. » Je cours jusqu’à la salle où l’hôtel diffuse la rencontre et m’installe dans le noir alors que le match a déjà commencé. L'Angleterre marque le premier but et là, bien sûr, je me lève, je crie, j'exulte. Mais je me rends rapidement compte que je suis le seul Anglais, tous les autres sont allemands. Ça a été un moment de solitude extrême. On perd finalement aux tirs aux buts. Heureusement j'étais assis près de la porte, j'ai fait une sortie discrète...

Comment célébrez-vous une grande victoire ?

L'Angleterre ne gagne jamais alors c'est difficile à dire (rires)… Mais j'aime organiser des rassemblements avec mes amis dans des cafés pour regarder les matchs. J'aime être entouré, rigoler, chanter. Pendant la Coupe du monde 1998 j'étais sur les Champs-Élysées pour célébrer la victoire de la France et c'était vraiment fabuleux. Ça reste un souvenir très marquant.

Qui va gagner l'UEFA EURO 2016 ™ ?

Je pense que la France a de bonnes chances, l'équipe a de très bons joueurs et notamment un excellent gardien. L’histoire a montré que vous gagnez souvent lorsque vous jouez à domicile. L'Espagne et l'Allemagne sont également des clients sérieux, tout comme la Belgique. Quant à l'Angleterre, j'ai peu d'espoirs. Nos joueurs sont encore très jeunes, ils manquent de l'expérience du haut niveau. On va dire qu'on voit plus loin : on prépare la Coupe du monde 2018. C'est d'une tristesse ! Voyez ce que 50 ans de frustration ont fait à un homme… »