Non contente de modifier nos habitudes, la stévia redistribue les cartes de l’économie mondiale. Là où auparavant de petits paysans tiraient de maigres ressources du sol, la vigoureuse plante fait désormais vivre des familles entières.

Rendez-vous au Kenya pour un reportage chez Charles Langat, cultivateur de stévia.

Du vert, sous toutes ses nuances, aussi loin que porte le regard. Tel un tapis sans fin, la savane s’étend jusqu’aux faubourgs verdoyants ponctués de petites fermes et de plantations de thé de la capitale Nairobi. Notre route nous mène en direction de l’Ouest, à travers la vallée du grand rift, le fossé d’effondrement qui traverse l’Afrique. Cette vallée de près de 6 000 km de long, pouvant atteindre jusqu’à 100 m de large est l’un des sites les plus spectaculaires au monde. Le long de la voie rapide, selon l’heure, il n’est pas rare de croiser babouins, girafes ou zèbres.

Au bout de quatre heures, nous atteignons le district de Kericho, zone de production de thé la plus importante du pays. Les immenses plantations, d’un vert profond, sont visibles de loin. La vitre ouverte, le parfum embaume la voiture bien longtemps avant d’arriver à destination. Le sol est fertile à Kericho.

Kericho est la capitale du thé au Kenya et les conditions de vie de la plupart des fermiers sont tributaires de la production et des prix obtenus pour la récolte sur le marché international. La culture de légumes est loin d’être suffisante lorsqu’il s’agit de subvenir aux besoins d'une famille. Aujourd’hui, la stévia change la donne et offre de nouvelles perspectives aux cultivateurs.

LA STEVIA AU SECOURS DES AGRICULTEURS KENYANS

La stévia a été introduite au Kenya par Purecircle Ltd, l’un des plus gros exploitants de la plante à l’échelle mondiale dont Coca-Cola est l'un des clients. Au départ, les paysans se sont montrés assez sceptiques mais il aura suffi d’un seul homme pour leur prouver que cela valait la peine de sortir des sentiers battus. Il a d’ailleurs été rebaptisé « Mr Stévia » !

Cet homme discret s'appelle en fait Charles Langat, exploitant agricole moderne et père de trois enfants. Si au premier coup d’œil, sa ferme de Kaborok - un faubourg de Kericho - semble petite, elle recèle en réalité une multitude de trésors. Ses plantes et ses animaux ont toujours fait l’objet de soins attentifs et la ferme a été conçue pour optimiser au maximum le rendement. Néanmoins, cela a longtemps été insuffisant.

Mr. Stévia récolte

La récolte des feuilles de stevia à lieu 3 mois après la plantation

© Cherotich Kenei

C’est à la radio que Charles a entendu parler pour la première fois de la stévia. Une nouvelle plante apparemment susceptible d’améliorer la situation économique des agriculteurs. Il se souvient s’être dit à l’époque : « Pourquoi pas ? ». Il a alors décidé de se mettre en route et d’aller chercher les premiers plants de stévia de Purecircle.

Le développement de la stévia est optimal dans les régions montagneuses au climat subtropical et cette plante est bien adaptée au sol perméable des champs de Charles. Autre avantage : elle ne demande qu’une faible quantité d’engrais et d’eau puisque ses feuilles sont prêtes à être récoltées au bout de 3 mois seulement. Dans un premier temps, Charles a dû se familiariser avec le travail de cette plante : une fois cueillie, il faut tout d’abord la faire sécher une semaine sur des clayettes avant de pouvoir ensuite la vendre à un grossiste.

Kenya

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© WLDavies | Getty Images

Depuis, la stévia est devenue la source de revenus numéro un de Charles et de sa famille. Sa réussite lui a permis d’étendre ses cultures en plein champ, tout en lui rapportant près du double de la culture des légumes ou du thé.

MR. STEVIA, TRANSMETTRE SON SAVOIR À LA COMMUNAUTÉ

Charles a ouvert la voie à la stévia et celle-ci s'est durablement implantée à Kericho. Désormais, tout le monde veut connaître le secret de la réussite de Mr. Stévia ! Pendant des mois, il a enfourché sa mobylette pour se rendre chez d’autres exploitants auxquels il a expliqué les méthodes d'exploitation de la stévia et ses avantages. Mais, comme il l'explique : « À un moment, c’était tout simplement trop. C’est tout juste si j’avais encore le temps de m’occuper de ma famille et de la ferme. J’ai donc fait le contraire et invité les fermiers à venir me voir ». Beaucoup d'agriculteurs ont accepté la proposition de Charles. Avant, ce dernier passait tous les jours des heures dans un mini bus. Aujourd’hui, des fermiers viennent des quatre coins du pays pour connaître les ficelles du « business de la stévia ».

« J’espère – dit Charles – que davantage d’investisseurs vont bientôt se tourner vers le marché de la stévia, cela profitera aux fermiers et à l’ensemble de l’économie kényane. ». Autre avantage, Charles et sa famille utilisent la stévia comme édulcorant, en remplacement du sucre, qui reste pour eux hors de prix.

Source : http://www.coca-cola-deutschland.de/stories/mr-stevia-der-suesse-erfolg