Si Delphine Remy-Boutang est à l’origine de la Journée de la Femme Digitale, ce n’est pas un hasard. Fascinée depuis toujours par le pouvoir de la technologie qui transforme des idées en réalité, elle a poursuivi sa passion jusqu’à devenir une personnalité emblématique du numérique français. Experte des réseaux sociaux, elle a fait du petit oiseau bleu son arme magique. Après 13 années chez IBM, qu’elle a transformé en social business, Delphine crée son propre cabinet de conseil, devenu en 2013 l’agence digitale The bureau. Et stimulée par les défis, elle se lance aussi cette année-là dans la création de la Journée de la Femme Digitale, avec Catherine Barba.

A l’occasion de la 5è édition de ce rendez-vous devenu incontournable, rencontre avec une entrepreneure aguerrie et soucieuse d’ancrer durablement les femmes dans le digital

En 2013, vous avez co-fondé la Journée de la Femme Digitale. Qu’est ce qui vous a donné l’idée de cette rencontre ?

La création de la JFD est partie d’une idée simple, que je formule comme telle : il faut rendre à Margaret ce qui appartient à Margaret. Margaret Hamilton était une codeuse informaticienne de la NASA qui a contribué au premier pas de l'homme sur la lune. Elle fait partie de ces femmes, ces figures de l'ombre, qui ont eu un rôle important dans une avancée technologique majeure et qui n’ont jamais été reconnues pour ça.

La Journée de la Femme Digitale est donc née de ce désir de faire reconnaître le rôle des femmes dans le milieu des nouvelles technologies. Un rôle qui n’est pas nouveau ! C’est une femme qui a inventé le langage informatique et c’est aussi une femme qui était aux commandes du premier ordinateur d’IBM en 1948. Nous avons beaucoup à apporter au secteur du numérique, et pourtant, nous sommes sous-représentées. Je pense que c'est un moment historique pour les femmes : il faut s'inscrire et se réinventer dans cette aire de l'intelligence artificielle.

Quel est l’objectif de la Journée de la Femme Digitale ?

Cette journée a pour but d’être un événement inspirant, qui donne envie aux femmes d'oser, d'innover, d'entreprendre et d'intraprendre1. On a créé le Prix Margaret pour valoriser ces femmes qui deviendront à leur tour des modèles pour d'autres femmes. Deux personnalités seront récompensées : une entrepreneure et une intrapreneure. D’ailleurs, cette année, cette dernière se verra récompensée par Céline Bouvier, Directrice Marketing de Coca-Cola France, avec un trophée un peu spécial puisqu’il sera pour la première fois... digital ! Il prendra la forme d’un portrait vidéo hologramme des deux lauréates.

#undo : défaire, casser. Internet est une innovation de rupture, et c'est l'opportunité pour nous de réécrire le futur

Pourquoi avoir placé la JFD 2017 sous le thème “For a Better World” ?

Je pense qu’aujourd'hui, chacun à sa façon peut changer le monde. Le thème « For a Better World » est une invitation où chacun, chaque prise de parole, chaque lieu, sera incarné et symbolisé par un verbe d'action : #inspire, #experiment, #network… On invitera chaque participant à choisir son verbe d'action. Je fais le pari que 2017 sera l'année de l'engagement pour rendre le monde meilleur, et chacun peut apporter sa pierre à l'édifice, notamment grâce au digital. La femme a un rôle essentiel à jouer, dans la paix, la collaboration, le partage, la transmission et la créativité.

La Journée de la Femme Digitale se tient toujours autour de la date du 8 mars, Journée Internationale des Femmes. Cette date est-elle symbolique pour vous ?

Bien sûr, c'est une façon de dire qu'il y a cette nouvelle femme digitale aujourd'hui. Pour moi, elle se définit comme une femme libre, qui innove par intuition, qui peut être intrapreneure et devenir entrepreneure. La femme digitale se redéfinit loin des modèles du passé. D’ailleurs, le verbe d'action que j'ai choisi est #undo : défaire, casser. Internet est une innovation de rupture, et c'est l'opportunité pour nous de réécrire le futur.

Dans quelques jours, vous vous apprêtez à célébrer la 5è édition de l’événement. Comment avez-vous vu évoluer la Journée de la Femme Digitale au fil des années ?

C'est très simple, la première édition se déroulait en une demi-journée, dans une petite salle de 300 places. Sont arrivées plus de 700 personnes ! Puis nous avons grandi : la 2è année, nous étions 2 000, puis 3 000 la 3è année, 4 000 l'année suivante... Et cette année, nous avions annoncé 5 000 participants et nous sommes actuellement plus de 10 000 inscrits. Je me dis qu'il y a un véritable mouvement, qui est fort et engageant.

Selon vous, comment le digital transforme la place des femmes ? Peut-il jouer un rôle dans la construction d’un monde plus égalitaire ?

Le digital a le pouvoir d’accélérer l'égalité hommes-femmes. Faire deux fois plus pour l'accès des femmes au digital, c'est faire gagner un quart de siècle à l'égalité femmes-hommes. Ça signifie qu’aujourd'hui, les entreprises et les gouvernements doivent réussir à doubler le rythme d'adoption des technologies digitales par les femmes. Dans ce cas, l'égalité femmes-hommes dans le cadre professionnel pourrait être une réalité dans les pays dit matures d'ici 25 ans au lieu de 50 au rythme actuel, et dans les pays émergents, d'ici 45 ans au lieu de 85.

Cette année, nous avons créé un groupe d'ambassadeurs composé de 7 femmes ainsi que de 3 hommes : pour faire que ce monde soit meilleur, on ne doit pas le faire contre les hommes mais avec eux ! Il faut être intransigeant sur ce que nous voulons être et comment nous voulons être respectées.

1 L’intraprenariat désigne le fait d’entreprendre au sein de l’entreprise, en portant un projet innovant en interne.