Guy Reymond est un fan de Coca-Cola un peu spécial : en plus de collectionner des objets, il collectionne aussi les souvenirs… Historien de formation et archiviste de la mairie de Digne-les-Bains pendant près de 25 ans, Monsieur Reymond s’est passionné pour l’histoire de Coca-Cola en France. Sa spécialité ? Les débuts de la saga française, de 1919 à 1949. Une période restée longtemps méconnue. Rencontre avec notre fan-historien et ses archives uniques, glanées dans les salons et les brocantes pendant trente ans.

Comment vous est venue cette passion pour Coca-Cola et son histoire française ?

Tout démarre en 1986, il y a 30 ans. A l’occasion d’un travail scolaire, mon fils, qui était au collège, a écrit à plusieurs ambassades du monde pour qu’on lui envoie des bouteilles de Coca-Cola étrangères. On a commencé une collection tous les deux. Mais à mes yeux, posséder ces objets sans connaître l’histoire qui sa cachait derrière manquait d’intérêt. J’ai donc voulu en savoir plus sur l’histoire de Coca-Cola en France.

Comment avez-vous débuté vos recherches sur l’histoire de Coca-Cola en France ?

Je me suis rendu compte qu’on trouvait très peu d’informations sur les débuts de Coca-Cola en France. Je suis allé dans les brocantes ainsi que des salons de vieux papiers, notamment à Paris. Ça a été long : les archives papier sont périssables et plus difficiles à trouver !

Vous avez donc réussi à reconstituer l’histoire de Coca-Cola à travers ces documents ?

Oui, j’ai retracé l’histoire de Coca-Cola de 1919 à 1949. Quand vous tombez par exemple sur le carnet des contrats de la Société Française des Breuvages Naturels qui va de 1931 à 1945, avec les dates précises et les adresses des concessionnaires, là, vous vous dites que vous tenez une source inépuisable de renseignements ! J’ai aussi trouvé de nombreuses photos ainsi que des témoignages de salariés des premières usines d’embouteillage de Coca-Cola en France. J’ai pris contact avec certains, et me suis déplacé pour les rencontrer.

Ça fait donc plus de 30 ans que vous avez entamé vos recherches sur Coca-Cola : quelles découvertes vous ont marqué ?

On peut dire que j’y ai été plongé pendant des décennies ! Dès 1996, j’en savais déjà beaucoup. A cette époque, on disait que la première vente de Coca-Cola en France avait eu lieu en 1933. Or j’ai découvert que la boisson était distribuée en France depuis bien plus longtemps, dès 1919.

Vous continuez toujours vos recherches ?

Oui, j’utilise maintenant Internet, qui offre encore plus de possibilités. J’ai même déjà acheté des pièces anciennes sur certains sites spécialisés. Et je continue à aller dans des salons de papiers anciens. Dernièrement, j’y ai trouvé des cartes postales éditées par Coca-Cola en 1940 et destinées aux militaires. Elles étaient distribuées gratuitement dans les casernes pour que les soldats puissent donner facilement de leurs nouvelles à leur famille.

Quelle importance accordez-vous aux objets ?

Je pense qu’écrire l’histoire d’une marque est indissociable des archives papier mais aussi des objets comme les plaques émaillées, les uniformes, les bouteilles, les caisses… Cependant, pour les objets, je suis allé jusqu’en 1968. J’ai d’ailleurs prêté une partie de mes objets pour une exposition célébrant les 125 ans de The Coca-Cola Company, à Paris en 2011.

Avez-vous l’impression d’avoir une relation privilégiée avec Coca-Cola ?

Oui. J’ai été reçu au siège de Coca-Cola France en 2007, où j’ai pu exposer le résultat de mon travail de recherche. J’y suis retourné une deuxième fois, deux ans plus tard, pour contribuer au livre Coca-Cola : une passion française. Mon nom apparaît d’ailleurs dans les dernières pages ! J’avais même reçu les remerciements de Monsieur Christian Polge, le Président-directeur général de Coca-Cola France de l’époque.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la marque Coca-Cola ?

Ce qui m’a motivé pendant toutes ces années et me motive toujours, c’est cette histoire méconnue des Français, celle de ces pionniers qui se sont battus pour introduire le Coca-Cola en France. Parfois, quand je relis ce que j’ai écrit, je me dis « Ces hommes étaient vraiment extraordinaires ! »