Les 55 graines d’entrepreneurs du programme Ticket for Change ont achevé cette semaine leur Tour de France du changement social. Leur objectif ? Résoudre des problèmes de société et développer pour cela un modèle économique pérenne. Des rêves et des idées plein la tête, ils la gardent pourtant bien sur les épaules pour mener chacun à bien leurs projets Ticket for Change. L’accès à la santé, l’éducation, le logement, la protection de l’environnement : les défis sont partout pour ces concepteurs de l’économie de demain.

Pierre-Marie Bozec-Claverie, Camille Fallot Lefevre et Dung Dinh viennent de Nantes, Paris et Lyon. Ils n’ont ni la même origine, ni le même âge, mais ces trois futurs entrepreneurs partagent tous un objectif commun : celui de mettre en pratique leurs idées, les voir se concrétiser – de leurs propres mains ou de celles d’un autre. Pour cela, l’association Ticket for Change leur offre un accompagnement, une méthodologie et des clefs de lecture pour perfectionner leur projet et, un jour, pouvoir changer le monde.

Pierre-Marie, 25 ans : « Parfois, il ne faut plus se poser de question et passer à l’action »

Enfant déjà, Pierre-Marie était fasciné par les constructions. Devenu responsable de programme immobilier dans l’économie sociale et solidaire, il ne tarde pas à découvrir que la construction, c’est aussi beaucoup de démolition… Chaque année, plus de 40 millions de tonnes de déchets du BTP destinés à l’incinération et à l’enfouissement : c’est davantage encore que les déchets des collectivités et des ménages réunis !

« Avant toute démolition, il faudrait établir un audit de ce qui peut être récupéré sur un chantier, résume Pierre-Marie, dont l’objectif est de réduire les déchets du BTP par des pratiques de dépose sélective et la mise en œuvre de matériaux de réemploi. Certains matériaux, comme le bois, voire des pièces entières, comme des salles de bain, peuvent être réemployés ! Pour cela, il faut valoriser ces déchets et mettre en place une économie circulaire parmi les acteurs du BTP. »

C’est ici, à Nantes, d’où il est originaire, que Pierre-Marie veut lancer son projet. Il a déjà contacté la collectivité qui est plus qu’emballée par sa solution et qui veut déjà l’expérimenter. « Ticket for Change m’a permis de trouver le modèle économique qui correspond à ma vision. Il faut alors tester toutes ses idées pour comprendre la cohérence du projet : faire un premier jet, rectifier le tir en fonction des critiques, persévérer et améliorer la solution proposée. Parfois, il faut aussi ne plus se poser de question et passer à l’action ! »

Sur le terrain, Pierre-Marie a déjà travaillé sur la déconstruction sélective d’une ancienne caserne militaire. Il entrepose désormais les matériaux en vue d’une vente qu’il compte ouvrir au public. Une solution simple mais à laquelle il fallait penser.

Pierre-Marie Bozec-Claverie en pleine conférence Ticket For Change

© Julien Philippy



Camille, 37 ans : « Pour moi, les réfugiés sont des super-héros »

Ancienne consultante dans la conduite du changement, Camille connaît bien le monde de l’entreprise pour y avoir travaillé pendant dix ans : « Les entreprises sont le reflet de notre société. Mais il faut qu’elles continuent à s’ouvrir et deviennent plus mixte pour accueillir également les réfugiés. Logistique, Services à la personne, Transports, BTP, Hôtellerie : on estime en Belgique à 600 000 le nombre de postes non pourvus chaque année. C’est un vrai frein au développement ! Or, dans le même temps, les immigrants accueillis, ne trouvent tout simplement pas de travail faute d’expérience dans le pays… ».

Pour résoudre ce paradoxe, Camille veut créer une structure qui accompagne les réfugiés dans leur recherche d’emploi. Loin de tout fantasme ou de toute idée reçue, elle désire avant tout leur proposer ces postes en manque de main-d’œuvre afin qu’ils répondent à leurs besoins primaires et deviennent très rapidement actifs sur le marché du travail. « Ce premier travail peut ensuite devenir à moyen terme un tremplin vers autre chose, explique Camille, une première ligne sur le CV qui ouvre un réseau dans le pays d’accueil. Après un an d’activité, les réfugiés peuvent également commencer à contracter des emprunts auprès de certaines banques. »

Studieuse et appliquée, Camille a lu énormément d’ouvrages et de thèses sur le sujet des réfugiés. Elle a rencontré un sociologue, un anthropologue mais aussi des psychologues en santé mentale spécialisés dans les migrants. Partie à la rencontre de migrants irakiens sur la côte belge, de réfugiés légaux en recherche d’emploi, elle a bénéficié du soutien de Ticket for Change tout au long de la conception de son projet.

Son prochain objectif ? Se rendre auprès des entreprises, des associations et autres parties prenantes pour connaître leur vision et tester les possibles résistances à son projet. « Une fois les réfugiés en poste, la structure peut se charger de révéler les talents, les orienter vers un autre métier ou même les aider à monter leur business… A l’inverse, cela peut également permettre d’ouvrir les yeux de leurs collaborateurs en entreprise, qui pourront peut-être les coopter par la suite ! »

Dung, 30 ans : « Ce n’est pas parce qu’on est à la rue qu’on est différent »

À seulement 30 ans, Dung a déjà plusieurs vies derrière lui. Ancien étudiant en échec scolaire, il a connu la rue et la perte de lien social : « Je me suis retrouvé sans domicile du jour au lendemain et j’avais trop honte pour contacter mes parents. J’ai peu à peu perdu la plupart de mes amis et toute confiance en moi et je n’ai malheureusement pas trouvé d’aide auprès des institutions publiques. Ce sont souvent des mois d’attente et le profil des jeunes ne leur correspond pas... » Il trouve finalement refuge dans un squat, à Lyon, mais la vie y est très dure : « Les jeunes s’y abîment très vite », explique-t-il.

Finalement retrouvé et secouru par ses parents, Dung a profité d’un nouveau départ et s’est remis en mouvement. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir tiré de nombreux enseignements de son expérience : « Ce n’est pas parce qu’on est à la rue qu’on est différent : on est tous pareils et parfois un simple coup de pouce peut nous aider à repartir. Certains des jeunes SDF que je connais ont des masters, d’autres ont fait le tour du monde. Il faut leur tendre la main sans aucun jugement, dans un rapport d’humain à humain. ».

Il découvre Ticket for Change par la formation en ligne proposée par l’association : le MOOC « Deviens entrepreneur du changement », créé en collaboration avec HEC Paris et qu’ont suivi avec Dung plus de 35 000 personnes. Ultra-motivé, il choisit de sauter le pas. Avec Ticket for Change, Dung développe le projet d’un immeuble de réinsertion où les jeunes peuvent bénéficier d’un logement temporaire et d’un travail pour les remettre sur les rails. « Je n’ai trouvé aucune institution qui propose ces deux composantes ensemble, alors que c’est un tout ! Voire un cercle vicieux. Pour avoir un logement, il faut un CDI ou un garant, et pour avoir un travail, il faut un logement. »

Son principal objectif ? « Que cette passade de précarisation ne s’éternise pas pour les jeunes, qu’ils rebondissent au plus vite ». Bénévolement, il accueille et accompagne déjà quelques jeunes. « Dans l’idéal, mon rêve serait de créer un modèle économique de réinsertion viable et duplicable, que je pourrais ensuite laisser en open source pour qu’il se développe partout. Il faut qu’il n’y ait plus personne dans la rue, plus de squats, plus de laissés-pour-compte. Le défi est énorme, mais pour y arriver, il me faut avancer petit pas par petit pas… C’est du moins ce que m’a enseigné Ticket for Change... ».