A l’occasion des 10 ans de Force Femmes, sa vice-présidente et co-fondatrice, Véronique Morali, revient sur les origines de l’association, sa mission d’employabilité et son espoir pour toutes ces femmes qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Journey : L’association Force Femmes vient de souffler ses 10 bougies. Pourquoi avoir choisi ce combat ?

Véronique Morali : « L’idée était d’être utile sur le marché de l’emploi. Force Femmes s’occupe de femmes de plus de 45 ans au chômage qui ont une formation et n’ont pas quitté le marché de l’emploi depuis plus de deux ou trois ans. Au-delà, on sait bien que l’on a beaucoup de mal à retrouver. Anne Méaux (co-fondatrice de l’association, ndlr), Françoise Holder (présidente actuelle de Force Femmes, ndlr) et moi, venions du monde de l’entreprise et non de l’association. Notre objectif était de nous intéresser à ces femmes dont personne ne s’occupe. Or, à 45 ans, pour des entreprises, ces femmes ont encore du potentiel ; moins de contraintes liées à leurs enfants et ont la possibilité de s’investir totalement dans une entreprise. Nous avons donc très vite trouvé notre public. Il a été plus dur en revanche de convaincre les entreprises auprès desquelles nous avons dû faire de la pédagogie. Ensuite, nous avons lancé un pôle de création de son propre emploi afin que ces femmes puissent sortir du chômage par le haut. L’idée était de leur proposer des ateliers pour gagner en confiance et en estime de soi, mais aussi pour les informer sur les métiers qui embauchent et leur donner les clés de tous les aspects liés à la création d’une entreprise : comment construire un business plan, convaincre les banquiers etc. Nous sommes beaucoup plus une association qui travaille sur l’employabilité que sur la réinsertion.

Comment décririez-vous la situation de ces femmes, en entreprise, il y a dix ans ?

Même s’il n’y avait pas encore la crise financière, structurellement il y avait déjà des problèmes et une crispation du marché de l’emploi. On ne parlait pas encore autant des seniors et encore moins de cette catégorie d’âge intermédiaire, qui commençait pourtant déjà à avoir des difficultés. Les femmes de 40-50 ans sont dans un triangle des Bermudes. On s’occupe toujours beaucoup des jeunes - et c’est normal - et des seniors de plus de 55 ans, mais à partir de 40 ans on n’est déjà plus prioritaire sur le marché de l’emploi et on est les premiers renvoyés dès qu’il y a des plans sociaux. Cette situation est donc une zone d’opportunité et de potentiel mais aussi de grand risque pour ceux qui y sont et lorsqu’ils quittent l’emploi.

« Le taux de réemploi des femmes dont on s’occupe est de l’ordre de 30% »

Est-ce que ça va mieux ?

Non je ne pense pas que cela aille tellement mieux. Le marché de l’emploi ne s’est pas amélioré, au contraire. Même si pour cette catégorie de femmes il y a un peu plus de conscience qu’elles représentent une opportunité, la situation reste assez difficile. Le taux de réemploi des femmes dont on s’occupe est toujours de l’ordre de 30%. C’est pas mal, c’est beaucoup plus que Pôle Emploi, mais il y a encore du chemin.

Quel espoir avez-vous pour ces femmes d’ici 10 ans ?

Tout ce que l’on peut espérer c’est que l’association n’aura plus besoin d’exister. Mais je crois que l’on aura toujours une utilité même si ce n’est pas pour s’occuper de cette catégorie d’âge. Ce sera peut-être pour des femmes plus âgées ou plus jeunes. Je crois qu’il faut rester très à l’écoute, à la fois des besoins du marché de l’emploi et du marché des entreprises, car c’est là que se créent les emplois. Et en même temps on aura toujours besoin d’accompagner des femmes qui sont en détresse. Il faut savoir que 80% des femmes que l’on accompagne sont seules : divorcées, élèvent seules leurs enfants ou sont dans des situations critiques car elles sont en fin de droit (aux allocations de retours à l’emploi, ndlr). Donc il faut s’en occuper. On aura toujours une utilité à agir pour les autres.

Qu’avez-vous envie de dire à ces femmes qui tentent de retrouver un emploi ou de créer leur propre activité ?

Force Femmes est là pour les aider. Il faut continuer à se battre et à y croire et ne jamais écouter ceux qui disent qu’il est trop tard. Il n’y a pas d’âge fatidique pour y arriver, travailler et s’épanouir.