Des tatamis aux plateaux de télévision. La double casquette de Céline Géraud - ex-judokate et journaliste sportive – lui offre un point de vue privilégié sur le monde du sport comme celui des médias. En marge du déjeuner annuel « Les Femmes et le Sport », organisé dans les locaux de Coca-Cola France pour débattre sur la thématique du genre dans le milieu sportif, nous avons eu l’occasion de la rencontrer. Un échange sans langue de bois sur la place des femmes dans notre société.

« J’ai passé 10 ans en Équipe de France de judo, mais ma vocation de journaliste était latente depuis toujours », déclare Céline Géraud en guise de préambule. Un titre de championne de France en 1984, une couronne de Vice-championne du monde et une troisième place aux Championnats d’Europe en 1987 en poche, cette titulaire d’un bac économique enchaîne avec une formation journalistique au CELSA puis au CFPJ. À l’issue de sa carrière sportive, son choix se porte sur la télévision. Après France 3, TF1 puis Orange Sport, cette native de Forbach en Moselle revient sur le Service Public, où elle présente depuis janvier 2013 une institution du PAF, Stade 2.

« Le Girl Power ? Très peu pour moi ! »

Quand on lui demande si être une femme représente un handicap ou un atout pour réussir à la télévision, Céline Géraud ne mâche pas ses mots : « Je suis une journaliste avant d’être une femme, le Girl Power, je n’y crois pas. » Un clin d’œil aux (trop) nombreuses « potiches » que l’on retrouve habituellement dans le rôle de faire-valoir des émissions sportives. Céline Géraud, familière du milieu sportif et de ses arcanes, ne se reconnaît pas dans cette caricature. À la tête de Stade 2, pas de place pour l’imposture. Et la présentatrice le confirme bien volontiers : « J’étais attendue au tournant. La rédaction de Stade 2 compte 50 personnes, dont… trois femmes ! »

À la tête de cette émission mythique, qui a soufflé ses 40 bougies en 2015, Céline Géraud donne le ton : direct. « Il y a des filles qui se disent ‘ j’ai une bonne tête, je passerai à la télé ‘. Ça ne suffit pas. Lire L’Equipe tous les jours - entièrement – est une base. Le must, c’est d’avoir fait un peu de terrain avant. Couvert des compétitions sportives, interviewé des sportifs, fréquenté les bords du terrain et même côtoyé des people. Sinon, tu es animateur, et ce n’est plus le même métier. Je me considère avant tout comme une journaliste. » Poursuivant son propos, Céline Géraud reconnaît que de nombreux efforts ont été faits pour la promotion des femmes. « On le voit chez Coca-Cola France par exemple, où elles occupent 50% des postes de managers. »

La journaliste a eu la chance de visiter le siège de Coca-Cola France en compagnie de son consultant Sport, Richard Dacoury. « J’ai été impressionnée par l’énergie des équipes, dans lesquelles les femmes sont très représentées ». Cependant, Céline Géraud estime qu’ « il reste encore du chemin à parcourir. Prenons l’exemple de la ‘Journée de la femme ‘. On t’offre une rose dans les magasins… Ça veut dire quoi ? Il n’y a pas de Journée de l’homme… On fait quoi les autres jours ? Aujourd’hui, quand je suis dans le train et que je lis L’Équipe, j’ai encore droit à de drôles de regards. Cette manière de percevoir les femmes doit impérativement évoluer. »

« Le jour où on dira d’une sportive ‘Houlà, mais qu’elle est nulle !’, quelque part, on aura gagné. »

En confiant à Céline Géraud les rênes de Stade 2, France Télévisions a envoyé un signal fort. Un «précédent» dont elle prend conscience en suivant l’évolution des mentalités dans les instances sportives. « Certains se disent ‘Puisqu’ils ont donné Stade 2 à une femme, on pourrait y réfléchir pour revoir l’organisation de notre fédération’ ». Une jurisprudence est en train de se mettre en place, même si Céline Géraud conteste avoir poursuivi ce but. « Le jour où on dira d’une sportive ‘Houlà, mais qu’elle est nulle !’, quelque part, on aura gagné. » Elle reconnaît toutefois que son action a contribué à améliorer la condition des femmes, mais aussi des sportifs en général.

D’un ton posé, elle raconte cette histoire édifiante : « Je me suis fait virer du CELSA au bout d’une année parce que j’étais sportive de haut niveau. Et on m’a clairement fait comprendre qu’il fallait choisir, à quelques semaines des championnats du monde ! Je me suis un peu épanchée dans la presse au sujet de cet incident et le directeur du CFPJ m’a appelé pour me proposer un cursus adapté. Comme beaucoup d’athlètes souhaitaient se former, notamment en communication, l’INSEP a créé un cursus sur-mesure. Encore une fois, j’assume ce côté pionnier mais je n’ai pas vraiment fait grand-chose pour. »

Humilité, compétences et ouverture d’esprit : même si elle s’en défend, l’action de Céline Géraud ouvre des portes aux femmes comme aux sportifs. Bien au-delà du champ télévisuel.

Propos recueillis par la rédaction de Journey