Membre actif des Restos du Cœur depuis 1986, Véronique Colucci n’a pas l’habitude de parler d’elle. Dans l’ombre, l’ex-femme de Michel Colucci (Coluche) poursuit son combat depuis les débuts de l’association, une action vitale pour des millions de personnes. Membre du Conseil d’administration et responsable du volet Communication, portrait d’une femme au grand cœur.

Près de trente ans après sa mort, Véronique Colucci perpétue la « petite idée » de son ex-mari et mène de front sa propre carrière professionnelle – sur laquelle elle ne souhaite pas s’étendre. Pour cette femme humble, la notoriété des Restos du Cœur se doit au souvenir de Coluche, à l’aide généreuse depuis trente ans de Jean-Jacques Goldman et aux 71 000 bénévoles présents à travers toute la France.

En 2013, à l’occasion des trophées des Femmes en Or, Coca-Cola France lui a remis le prix de la Femme de Cœur. À l’écouter, elle n’est pourtant qu’une femme comme les autres : « Le prix était assorti d’une somme importante que je pouvais reverser aux Restos », avance-t-elle. Pour expliquer son engagement, elle cite soudainement le poète latin Térence : « Je suis humain : rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Son projet de vie dans sa jeunesse ? « Rire ! ». Véronique Colucci a beau dire le contraire, elle a beaucoup à partager, sur sa philosophie de vie comme sur son engagement.

Les jeunes années

D’où lui vient son engagement ? Sur ce sujet, celle qui fut pour un temps la Présidente des Restos du Cœur s’en remet directement à ses parents et à son éducation : « Je viens d’une famille où on était très sensibles au sort des autres. La meilleure façon de partager ce bref temps qui nous est imparti sur Terre, c’est de le vivre paisiblement et en lien avec les autres. »

Si la jeune Véronique Colucci grandit à Paris, elle quitte très jeune sa zone de confort pour Toliara (autrefois appelé Tuléar), au sud-ouest de l’île de Madagascar. Son père, chirurgien, se voit proposer un poste dans cette région encore dépourvue d’hôpital. « Pendant dix ans, j’ai vécu une enfance sauvage à Madagascar, raconte-t-elle. C’était Paul et Virginie : on marchait pieds nus, on grimpait aux arbres et, compte tenu de la chaleur, on se promenait à peine vêtus. »

« Quelque chose de très élémentaire qui ressemblait au bonheur »

Pour elle, le retour dans le Paris noirâtre d’avant la loi Malraux est difficile. Elle y découvre surtout une mendicité qu’elle ne trouvait pas à Tuléar. « Même si la vie était très pauvre, il n’y avait pas de famine à Madagascar, à l’époque en tout cas, souligne-t-elle. Avec le peu qu’ils possédaient, les Malgaches avaient une incroyable philosophie humaine, une vie simple et formidable. J’y ai trouvé quelque chose de très élémentaire qui ressemblait au bonheur. »

Une femme, un engagement

En 1969, quand elle rencontre Coluche, Véronique Colucci est journaliste pour Combat. Au cours d’un de ses reportages dans les bidonvilles installés aux portes de Paris, elle découvre la réalité de ceux qu’on appelle alors les « damnés de la Terre » : « J’avais été effarée de découvrir les conditions de vie de ces centaines de familles, se souvient-elle. Dans le froid, dans la boue et sous la pluie, ils n’étaient abrités que par des morceaux de tôle. »

Lorsqu’elle rencontre Coluche, c’est une jeune femme déjà très engagée. Pourtant, elle affirme que sa motivation première aux Restos du Cœur reste l’engagement de son ex-mari : « Trente-et-un ans plus tard, je suis toujours animée par l’envie de ne pas laisser périr une aussi belle initiative ! » Cette association, elle la décrit à l’image de Michel qui détestait tout ce qui était inutile ou esbroufe. « J’entends souvent “C’est à l’Etat de s’en occuper” : je partage en partie ce reproche, admet-elle. Pourtant, vivre en société implique pour chacun une conscience sociale. La conscience des personnes qui forment cette société. »

« Le rôle des Restos n’a pas changé, il a évolué »

Avec 926 000 personnes accueillies l’an dernier, l’aide alimentaire est bien sûr restée une priorité. « Mais l’aide à la réinsertion permet à 30% des personnes accueillies de ne plus jamais avoir besoin de nous », souligne Véronique Colucci. Le partenariat avec Coca-Cola France sur les départs en vacances des jeunes participe directement à ce travail d’accompagnement des bénévoles des Restos du Cœur.

L’aide à la réinsertion est le nouveau défi des Restos du Cœur. 

© Eric Pantin

La réinsertion ? Un défi que les Restos du Cœur se sont fixés depuis de nombreuses années déjà. « À travers ces liens établis avec les personnes accueillies dans les centres des Restos partout en France, les bénévoles dont je fais partie ont peu à peu compris tous les problèmes du quotidien. Au fur et à mesure de l’évolution des Restos du Cœur, ces relations se sont approfondies. Nous nous sommes aperçus que certaines femmes pouvaient à peine s’occuper correctement de leurs nourrissons. C’est alors que nous avons commencé à développer les relais-bébés ! »

« On ne se doute pas de ce que peuvent être les carences des personnes désocialisées. »

« L’aide alimentaire est toujours aussi essentielle, reconnaît la femme engagée. Mais on ne se doute pas de ce que peuvent être les carences des personnes désocialisées. Face à l’illettrisme, les centres ont développé des ateliers de lecture et organisé la distribution de livres ». Le nouvel objectif dans cette réinsertion culturelle : le digital. « Avec la campagne “1 scan = 1 repas” de Coca-Cola France pour les Restos, il faut scanner l’image sur la canette pour offrir un repas. Pour nombre de personnes accueillies dans les Restos, cette initiation aux technologies est une nécessité. »

Cet automne, alors que Patrice Blanc était élu nouveau président, les Restaurants lançaient leur 32ème campagne. Sa vie, Véronique Colucci ne l’imagine pas sans les Restos : « Ce n’est pas l’insurmontable qui est dur, c’est plutôt la routine. Mais du côté des bénévoles comme des personnes accueillies, les rencontres sont telles aux Restos que j’en suis préservée pour encore de nombreuses années ! », sourit-elle.

Derrière « l’histoire d’un mec », celle moins connue d’une femme qui n’a jamais baissé les bras.

*Votée en 1962 sous l’impulsion du ministre de la Culture André Malraux, la loi a justifié la conservation, la restauration et la mise en valeurs de nombreux immeubles pour leurs caractères historiques et esthétiques.