Hôtel de ville de Paris, au cœur de la soirée des Femmes en Or. Lors de l’annonce de la « Femme de Cœur 2016 » remis par Coca-Cola France, ce n’est pas un nom, mais deux qui raisonnent dans le micro : Adèle Galey et Joséphine Bouchez. Ces entrepreneures sociales ont co-fondé l’association Ticket For Change, dont l’objectif est d’accompagner les jeunes entrepreneurs dans le développement de leur projet. Rencontre.

Que représente ce trophée pour vous ?

Adèle : Nous sommes très heureuses car c’est notre premier prix ! Et il est rare qu’un prix récompense plusieurs personnes. Cela montre que l’entreprenariat est très rarement une aventure solitaire.

Joséphine : C’est valorisant de rejoindre ce réseau de femmes inspirantes qui méritent davantage de visibilité. C’est une immense opportunité pour faire passer des messages.

Pouvez-vous revenir en quelques mots sur vos parcours respectifs?

Adèle : Je suis entrée dans une école de commerce et me suis assez vite orientée vers une spécialisation en entreprenariat social. Après plusieurs stages dans le domaine et un tour du monde à la rencontre d’entrepreneurs sociaux, j’ai eu la chance de rejoindre l’équipe Ticket For Change.

Joséphine : Après mon entrée en école de commerce, j’ai fait des stages dans des grosses structures de l’agroalimentaire et j’ai adoré ces expériences. J’avais néanmoins l’intuition que je pouvais être plus utile ailleurs. Mes rencontres avec des entrepreneurs sociaux en Inde ont été un déclic. A la fin de mes études, je me suis demandé ce qui me faisait réellement vibrer et j’ai choisi de rejoindre l’équipe avec qui on a fondé Ticket For Change.

Au vu de vos parcours, vous auriez pu choisir d’intégrer une grosse entreprise. Pourquoi avoir préféré l’entrepreneuriat social avec Ticket For Change ?

Adèle : Avec l’entreprenariat social, j’ai découvert qu’on pouvait créer de la valeur financière qui a un impact social. Je suis tombée amoureuse du concept ! Et cela permet aussi d’avoir un contact direct avec les bénéficiaires : on voit concrètement l’impact qu’ont nos programmes. Quand des gens nous disent que ça a changé leur vie, on comprend pourquoi on fait ça.

Joséphine : Comme Adèle, j’avais la frustration de ne pas vraiment savoir à quoi servait ce que j’apprenais. Je voulais m’attaquer à la résolution de problèmes de société.

Entreprendre au féminin a-t-il un sens particulier ? Avez-vous l’impression que les femmes rencontrent plus de difficultés pour entreprendre ?

Adèle : J’ai rencontré des dizaines de femmes qui ne pensaient pas être à leur place dans l’entreprenariat. Elles doivent faire face à des difficultés supplémentaires liées à leur vie de femme et aux normes sociales. C’est un phénomène extrêmement fort, le milieu des start-ups est très masculin. Mais selon moi, les femmes se sentent plus légitimes dans l’entreprenariat social. Parmi nos candidats, on a 50 % d’hommes, 50 % de femmes !

Joséphine : Être entrepreneur demande d’avoir confiance en soi pour se lancer. Selon l’idée que l’on accorde moins de crédit à une femme qu’à un homme, les femmes se mettent elles-mêmes des barrières et craignent le regard des autres. Et l’autre problème est qu’il n’y a pas assez de modèles : il y a peu de grandes figures et elles ne sont pas assez mises en avant. 

Départ pour le premier tour de France de Ticket For Change en 2014

© Ticket For Change

Cela fait trois ans que Coca-Cola France s’est engagé auprès de Ticket For Change. Quels sont les apports de ce partenariat ?

Joséphine : Premièrement, un soutien financier, essentiel, car nous avons à cœur de proposer nos programmes à des gens qui viennent de tous les milieux. Or, le modèle économique d’une partie de notre activité à but non lucratif est difficile à tenir et repose sur des partenaires qui nous font confiance. L’aide de Coca-Cola France, une entreprise mondialement reconnue, nous apporte aussi de la légitimité et de la visibilité.

Adèle : Oui, c’est en effet avec les grandes entreprises qu’on pourra faire changer les choses à grande échelle.

Joséphine : Mais cette collaboration est également allée au-delà du soutien financier. Nous avons par exemple initié du mécénat de compétences : les collaborateurs des entreprises partenaires interviennent pour aider nos porteurs de projet dans des domaines particuliers (marketing, communication, logistique...) sur la base du bénévolat. C’est un apport précieux pour les bénéficiaires.

Quels sont vos projets à venir et vos attentes ?

Adèle : Mon ambition est de démultiplier l’impact de Ticket For Change, faire que tout ce que l’on a créé et construit depuis trois ans soit lu, vu et entendu par le plus grand nombre.

Joséphine : J’ai le sentiment que nous pourrions aller encore plus loin, comme favoriser l’entreprenariat féminin, toucher des gens qui sont plus défavorisés, qui viennent de milieux plus complexes ou qui n’ont pas eu les mêmes chances que les autres.