Pour réaliser son film immersif à 360°, Coca-Cola Entreprise (CCE) – le partenaire embouteilleur de Coca-Cola en France – s’est associé à des professionnels de la réalité virtuelle. Le réalisateur John Freeman (TF1 Production) et Julien Levy (fondateur de Digital Immersion) ont travaillé cet été au tournage des Coulisses d’une production française. En plein cœur de l’usine de Grigny, retour sur un tournage peu commun.

Entreprise pionnière dans la video immersive, Digital Immersion est spécialisée dans le développement de vidéos 360° interactives et 3D. Grâce à leur savoir-faire numérique et au travail du réalisateur John Freeman, CCE a pu concevoir le film immersif qui invite les consommateurs à découvrir les coulisses de la production Made in France de Coca-Cola en réalité virtuelle.

Du brief initial de CCE au scénario, comment s’est organisée cette aventure ?

John Freeman (TF1 Production) : « La genèse du film 360 était de dévoiler aux consommateurs les coulisses d’une usine Coca-Cola. L’autre objectif était bien sûr qu’ils puissent prendre la mesure de la réalité de l’usine, comment elle fonctionne, les différentes étapes… Pour découvrir le processus de production, le 360 était une évidence mais s’est posé la question du scénario. Très vite, nous sommes parvenus à cette histoire d’un couple qui se retrouve en terrasse de café. Alors qu’il vient de visiter l’usine, l’un des deux raconte ce qu’il a vu, partage ses découvertes et fait participer en même temps le spectateur à son récit. »

Julien Levy (Digital Immersion) : « En plus de transporter, il faut emmener le spectateur dans un univers. Au-delà de l’effet ‘ waouh’, il faut construire une vraie histoire avec des personnages mais aussi des interactions. L’enjeu est de savoir diriger le regard du spectateur dans ce casque virtuel.

Le travail est de scénariser et de chorégraphier toute l’action qui apparaît à 360° à l’image. On n’écrit pas pour la 360 comme pour n’importe quel film. Le format requiert de nouvelles écritures et un certain storytelling. »

Quelles sont les contraintes de ce type de tournage « augmenté » ?

J. F. : « Le tournage était un défi. Il a fallu s’adapter à des contraintes industrielles fortes : une production très rapide, des normes d’hygiène drastiques, des consignes strictes de sécurité. Le matin, il fallait prévoir une heure avant de commencer à tourner ! Mais l’avantage du 360, c’est que les équipes de tournage sont aussi plus légères : il n’y a pas de lumière. On ne peut pas ‘enjoliver’ les choses. L'usine, construite par un architecte célèbre, possédait de très beaux espaces et volumes, ce qui nous a aidés. Du sol au plafond, de gauche à droite, tout est réel dans la réalité virtuelle. Il n’y a finalement rien de moins virtuel qu’un tournage en 360 !

Il a également fallu faire comprendre aux collaborateurs de Coca-Cola Entreprise les contraintes du tournage en 360. Quand on filme, le champ est partout : si vous voyez la caméra, c’est que vous êtes dans le champ ! Nous-mêmes devons chaque fois aller nous cacher dès que le tournage du plan commence. »

J. L. : « C’est une technologie très particulière qui nécessite des conditions de tournage tout aussi particulières. La caméra est relativement petite : c’est une boule sur laquelle sont fixées 7 mini-caméras qui regardent dans toutes les directions. Durant le tournage, on l’a posée sur un trépied, embarquée sur un chariot d’usine et même suspendue à un drone !

Il y a ensuite un important travail de postproduction une fois le tournage terminé. Il faut assembler ces 7 plans les uns aux autres : c’est l’étape du « stitching », la couture d’images, qui prend beaucoup de temps vu la taille des fichiers vidéo. »

Quelles sont les inspirations de la réalité virtuelle ?

J. L. : « La réalité virtuelle, c’est une technologie qui est en fait assez vieille… Tout a commencé dans les jeux vidéo, dans lesquels on créait une image 3D pour un effet immersif garanti. Aujourd’hui, on a transformé ces images de synthèse en vidéos à 360° : ce sont uniquement des images réelles, filmées par des caméras.

La téléprésence transporte le spectateur dans une expérience immersive. On la confond encore souvent avec la réalité augmentée, dans laquelle on surimpose des éléments virtuels sur une image filmée. »

Tron (1982), Total Recall (1990), Strange Days (1995), de nombreux films culte de science-fiction ont longtemps inspiré la réalité virtuelle. The Matrix (1999) est le film ultime dans lequel on vous transporte dans un univers recréé de toute pièce. Le but est d’effacer la limite entre le réel et le virtuel. Faire en sorte que le cerveau du spectateur oublie là où il se trouve et s’immerge dans l’histoire qu’on lui raconte. »

En termes de 360, quelles sont les prochaines tendances ?

J. F. : « Nous travaillons souvent sur des formats de visite 360. Pour des hôtels, on a longtemps fait de la photo 360, qui permet de parcourir un environnement. Le film 360 s’inscrit dans cette continuité. Nous avons tourné aux quatre coins du monde sur de nombreux films de tourisme pour le Club Mediterrannée. Dès l’agence Club Med de voyage, les gens peuvent voir découvrir les lieux, ‘essayer’ en quelque sorte leurs vacances. Il n’y a rien de plus proche d’une visite qu’une expérience immersive à 360. Vous êtes là où on vous emmène mais vous regardez là où vous voulez ! »

J. L. : « De nos jours, nous nous orientons beaucoup vers la production de fictions. Nous sommes de plus en plus impliqués en tant qu’auteurs et coproducteurs de courts-métrages, de documentaires à 360°.

Au fur et à mesure que le circuit de postproduction se simplifie, nous pouvons écrire des histoires narrativement plus élaborées et plus libres. Il n’y a pas de limites à la réalité virtuelle, elle s’applique à tous les sujets ! »

« UNE EXPÉRIENCE FUN ! » - Invitée à découvrir le film 360 des Coulisses de la production française avec le casque de réalité virtuelle, Pauline, du blog « Les Pauline », partage sa surprise.

« Je ne savais pas du tout qu’il y avait des usines Coca-Cola en France. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de production sur place.

                                     

J’avais déjà utilisé un casque de réalité virtuelle, pour une visite de l’Irlande. Mais c’était la première que je voyais un film immersif avec une vue en drone. C’était très impressionnant ! Je n’aurais pas forcément eu l’occasion de visiter une usine sans cette vidéo. Mais vu comme ça, c’était une expérience plutôt fun ! »